
La
vie du
Chanoine CORNETTE
(1860-1936)
Sommaire:
Enfance
et Etudes
Approche du Scoutisme
Formation du Scoutisme
La fin de sa vie
Informations retrouvées dans les archives de la Bibliothèque municipale de Moulin en mai 1996.
Le Père Geoffroy, note dans sa brève histoire de Rimont, le Chanoine Cornette comme fondateur des Scouts de France. Nous savons aujourd'hui que c'est le Père Sevin qui a fondé les Scouts de France, mais la confusion est née de la volonté même des supérieurs du Père Sevin (Jésuite): "on ne doit pas pouvoir dire qu'un jésuite a installé le scoutisme en France". Le Père Sevin s'est vu énormément soutenu par le chanoine Cornette, qui a pris les risques diplomatiques du lancement du scoutisme. La confusion entre les fondateur est née, à mon avis, de ce trouble. C'est un peu comme si celui qui signait un livre n'en était pas l'auteur, pour protéger le véritable auteur par la renommée de son nom. Ainsi y a-t-il le fondateur diplomatique des Scouts de France, et son vrai créateur, qui est le Père Sevin.
Mais sans le Chanoine Cornette, le scoutisme ne serait peut-être que resté dans les fougeuses idées combatues du Père Sevin. Le Père Cornette est cet ardent apôtre qui acclimata le scoutisme de Baden Powell en France avec le Père Sevin et en fit un puissant mouvement d'éducation chrétienne.
ENFANCE ET ÉTUDES
Antoine-Louis CORNETTE est né le 8 Novembre
1860 à Pierrefitte sur Loire. Ses biographes disent qu'il passait ses vacances
à Bourbon-Lancy: c'est là que résidaient ses grands parents paternels, alors
que sa mère était originaire de Pierrefitte. Il entra chez les Frères de Écoles
Chrétiennes à Bourbon en 1866, puis continue ses études au petit séminaire
de Rimont en 1874. Antoine CORNETTE sort de Rimont après sa rhétorique en 1880.
Pourquoi est-il venu poursuivre ses études
à Rimont dans le Diocèse d'Autun, étant originaire de Pierrefitte et donc du
Diocèse de Moulins? On sait que le fondateur de Rimont, le Père Rigaud était
originaire de St Agnan, situé à quelques kilomètres à vol d'oiseau de Pierrefitte.
Et d'autre part il semble bien que le Père Rigaud eut le souci de recruter comme
éducateurs des gens qu'il connaissait par relations dans son pays d'origine.
Rimont ouvrait en 1879 la classe de Rhétorique,
complétant ainsi peu à peu le cycle complet des études: il y avait déjà plus
d'une centaine d'élèves. Comme la classe de Philo n'était pas encore ouverte
en 1880, le jeune Antoine Cornette entra au grand Séminaire d'Autun. Le climat
du Morvan ne lui convint pas: il se soigna un an à Pierrefitte avant que le
cardinal Perraud ne l'autorise à poursuivre ses études à Paris à Issy les Moulineaux
où il poursuit ses études cléricales. Il est ordonné prêtre le 17 Décembre
1887.
APPROCHE DU SCOUTISME
Ses supérieurs le nomment censeur au collège Juvilly.
Victime d'un empoisonnement au blanc de céruse (contenu dans la peinture de
sa chambre) il est paralysé des deux bras. On l'envoie à Saint Moritz,
la station la plus "chic" de l'époque ou il avait emmené des élèves de Juvilly
en vacances. Il y noue de puissantes relations: la princesse Charlotte de Monaco
lui aurait même offert l'Évêché de la principauté ... Mais il refuse
et rentre à Paris. Vicaire a St Honoré d'Eylau, il fonde la "Mission
Catholique" en Haute Engadine en 1895, où il conservera de nombreuses amitiés
et des bienfaiteurs qui le soutiendront dans ses projets futurs. En 1902 il
fonde la réunion d'Eylau pour la formation religieuse des Lycéens: il s'agit
des grands élèves du Lycée Janson de Sailly. Dans le comité de patronage, on
trouve l'écrivain Georges Goyau, le géographe Jean Brunhes, le doyen de la Faculté
de Sciences de Fribourg. Pendant la guerre de 14-18, il est aumônier des hôpitaux.
En 1915 il est directeur de "l'œuvre de midi" à St Honoré d'Eylau
et la même année, il fonde et dirige le cercle religieux et intellectuel pour
les jeunes filles.
En 1916, il reçoit la visite d'un jeune de 15 ans, Paul Coze, de
retour d'Égypte où il avait découvert et pratiqué le scoutisme de Baden-Powell.
Il parvient à intéressé le père, et c'est avec ce
jeune garçon et son frère que le Père Cornette fonde les "Entraîneurs".
On comprend mieux que cet apôtre s'intéresse au début du scoutisme et voit dans
les projets et réalisations de Baden-Powell en Angleterre un instrument merveilleux
d'éducation s'il est adapté aux formes qui conviennent à la jeunesse française.
Dans les patronages et cercles d'études de l'ACJF, les activités gymniques,
les fanfares apportent un dérivatif, un complément au travail de réflexion,
indispensable aux adolescents et aux jeunes. Mais ce type d'activités n'est
guère prisé dans le monde scolaire et bourgeois qui fut la clientèle d'origine
du Chanoine Cornette. Le Scoutisme présente donc une alternative: l'aventure,
le contact avec la nature, le rêve (le "peaurougisme"), la formation du caractère
(prendre en charge sa vie, intégration à une petite communauté (la patrouille),
interéducation entre les différents âge, engagements par la promesse, les badges
etc...)
LA FORMATION DU SCOUTISME
Le premier groupe, issu de la Réunion d'Eylau,
est donc recruté dans le milieu lycéen et s'appelle "les Entraîneurs
d'Honoré d'Eylau". En 1918, les Entraîneurs comptent 8 patrouilles. C'est
à la même époque que d'autres initiateurs du scoutisme parisiens se rencontrent
et coordonnent leurs efforts: les Abbés Ciallet et de Grangeneuve, tous deux
anciens du Sillon et soucieux de fonder le scoutisme en milieu populaire.
Dans le même temps un Père Jésuite, le Père Sevin, né à Lille en
1882, prêtre en 1914, a suivi aussi la naissance du scoutisme en Angleterre.
Préparant sa licence d'anglais, il prit contact avec le scoutisme britannique
et rencontra Baden-Powell en 1913. Pendant la guerre le Père Sevin est bloqué
en Belgique où il met au point la technique du scoutisme. Après les hostilités
il revient à Lille, fonde une troupe et crée l'Association des Scouts
de France. Il rencontre le scoutisme parisien et l'Abbé Cornette en 1919. En
1920, le 25 Juillet, naît officiellement la Fédération des Scouts de
France, avec comme président le Général Maud'huy. En 1921 le 17 Janvier, le
comité des Scouts de France est appelé à l'Archevêché de Paris, où Mgr Dubois
vient de succéder au Cardinal Amette, décédé en 1920, et qui avait condamné
le scoutisme. Mgr Dubois lit lentement un document-réquisitoire où le scoutisme
est chargé de tous les crimes et contre qui on requérait les censures et les
foudres de l'Église.
- "C'est anonyme, dit l'archevêque! Que dois-je faire?"
- "Ce que l'Esprit-Saint vous dictera" répond le Chanoine Cornette.
- "Eh bien voici ce qu'il me dicte". Et le Cardinal tire un second document:
"Ce m'est une joie et une espérance ... Le but des Scouts de France est de faire
revire l'idéal si chrétien et si français de la chevalerie. J'applaudis d'avance
et je bénis".(cf. Paul Doncoeur : la Reconstruction spirituelle
du pays : les Scouts de France"). La Consécration définitive viendra
du Pape Pie XI en Janvier 1925.
A la suite de l'approbation du Cardinal Dubois,
Archevêque de Paris, plusieurs évêques suivent malgré les hésitations,
les critiques, et parfois les barrages systématiques de certains autres. En
grand voyageur, le Chanoine Cornette visitera les uns et les autres et tentera
de les convaincre par son talent diplomatique. De plus, il utilisera ses nombreuses
relations pour soutenir financièrement le scoutisme. c'est ainsi qu'il obtient
que le domaine de Chamarande soit prêté aux Scouts de France dès 1922.
Chamarande deviendra le lieu privilégié des camps-écoles de la formation des
chefs, et des grandes rencontres du mouvement. Le premier camp national y a
lieu en 1922. En 1932, les Schneider mettent également à la disposition
du scoutisme leur propriété du Breuil: désormais ce lieu devient synonyme de
camp de formation: "nous avons fait un Breuil en telle année''. (NdZ:
des scouts peuvent-ils confirmer cette information ?). Le Chanoine Cornette
y vint souvent.
En 1927 le gouvernement Français reconnaît les Scouts de France
"d'utilité publique" et décerne à son fondateur la Croix de la Légion d'Honneur,
en 1930. Il parcourut l'Europe pour faire connaître le vrai visage de la France
et répandre partout l'idéal et les méthodes scoutes. Il a publié "l'éducation
morale par le scoutisme catholique" en 1921, "Scoutisme et recrutement
sacerdotal" en 1932 et de nombreux articles dans la revue "Le Chef" et dans
le bulletin des aumôniers de la Fédération.
LA FIN DE SA VIE
En 1932 se tient le premier Congrès de la Route, considérée par
le Chanoine Cornette comme "la Jeunesse de l'Église''.
Il est mort le 19 Septembre 1936, et c'est
le Père Forestier qui lui succède jusqu'en 1951 comme aumônier National. Le
Père Doncoeur - de grande renommée - est d'abord aumônier de la branche aînée
- qui deviendra la Route en 1926. (NdZ: cette
date me paraît douteuse).
A sa mort, le Chanoine Cornette laisse le scoutisme catholique sur une courbe
en forte progression: 24 000 en 1930, 30 000 en 1933, 55 500 en 1937, 64 000
en 1939 ...
