L’impossible renaissance
de la chevalerie
La chevalerie est bien morte
Mais son esprit survit
Le scout, lointain héritier de l’esprit
chevaleresque
Parallélisme flagrant
Pas de Chevalerie sans Foi
Ordre de Chevalerie, ou chevaleresque ?
La chevalerie est bien morte !
Nous citerons Ph. du Puy de Clinchamps qui, dans son livre paru en 1961 et intitulé La chevalerie tenait les propos suivant :
« L’ancienne chevalerie n’habite pas les ordres dits abusivement chevaleresque que les princes et les États distribuent, hier comme aujourd’hui, pour mieux s’attacher leurs serviteurs. Elle est encore moins présente, s’il le peut, dans les prétendus ordres que des particuliers, poussés par une maladive vanité ou l’esprit de lucre, créent en toutes saisons. La chevalerie, fraternité militaire qui donna pour une part sa couleur au Moyen Age, est morte. Nul, aujourd’hui, ne saurait se dire valablement chevalier ».
« La chevalerie, (...) fut, plus qu’une institution régie par des lois strictes, un état d’âme. La qualité chevaleresque, tout au moins idéalement, s’acquérait moins par un cérémonial que par une vocation et un dévouement personnels. Et si les institutions meurent, les âmes ou, si l’on veut, les imaginations, elles, n’ont pas de fin. Ainsi de ce que l’on peut appeler l’esprit de chevalerie ».
Le haut idéal qu’avait représenté la chevalerie vivante continua donc à hanter les consciences, comme le souvenir d’un rêve dont on ne parvient pas à se débarrasser. Certains, nous nous sommes longuement expliqués là-dessus, crurent le retrouver avec les ordres chevaleresques à la façon d’aujourd’hui (l’auteur parle ici, entre autre, de l’actuel Ordre de Malte) ou en créant des milices dont ils s’imaginent qu’elles ont recueilli en même temps que les formes extérieures la qualité intérieure de l’ancienne chevalerie : dérisoire produits de remplacement qui n’avaient et n’ont rien de commun avec ce qu’ils prétendent continuer ».
« En fin de compte, on a pu croire plus justement que
l’esprit de chevalerie s’est retrouvé, au moins en partie,
dans deux activités des hommes d’aujourd’hui, et qui sont,
dans la forme qu’elles ont prise actuellement, propres à l’homme
contemporain : le sport et le scoutisme ».
Ph. du Puy de Clinchamps développe sommairement l’idéal
« fair play », de Pierre de Coubertin…etc…pour montrer
que finalement l’esprit de chevalerie n’existe pas (ou plus) dans
le sport. En revanche, il développe l’idée que l’esprit
de chevalerie perdure dans le scoutisme.
Le scout, lointain héritier de l’esprit chevaleresque
« Advint alors un père jésuite, le R.P. Sevin, qui, pour parler le jargon moderne, pensa le scoutisme dans la perspective religieuse. Dès lors, les Scouts de France et, dans une moindre mesure, les Éclaireurs unionistes, rejoignirent, par un chemin dont ils ignoraient peut-être où il allait les mener, les grands thèmes qui animèrent l’ancienne chevalerie (et cela parut, un jour, si évident aux responsables des scouts de France qu’ils donnèrent à l’échelon le plus élevé de la formation scoute le titre de chevalier de France, échelon supprimé aujourd’hui où le scoutisme, pour suivre la mode, essaye de se démocratiser alors qu’il est par essence un mouvement aristocratique) ».
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« Ce parallélisme entre la chevalerie et le scoutisme apparaît évident à qui met côte à côte l’une et l’autre : apprentissage du novice et dressage de l’écuyer, promesse solennelle et adoubement, fraternité chez l’une et l’autre au delà des nations, goût, ici et là, pour les signes et les symboles (héraldique ou badges). Certes, toute une partie du cérémonial scout vient en droite ligne de la franc-maçonnerie anglaise, mais cette franc-maçonnerie elle-même ne tenait-elle pas toute une part de son rituel de la chevalerie ? (attention, l’auteur précise bien qu’il parle de la franc-maçonnerie anglaise - croyante et plutôt conservatrice - qui est très différentes avec la franc-maçonnerie française - athée et plutôt anti-cléricale) ». |
« De même que le chevalier du XIème siècle s’efforçait d’accorder son état - la guerre – à sa foi, le scout chrétien d’aujourd’hui s’efforce pareillement de vivre et d’accorder sa foi à la lutte, moins sanglante mais plus féroce en fin de compte que les affrontements des champs de bataille, qu’est la vie d’aujourd’hui. Celui-là voulait que ne s’opposassent enfin plus la croix et l’épée ; celui-ci veut que s’accordent enfin cette même croix et la machine-outil, le travail à la chaîne et chaque homme perdu au milieu d’une foule sans amour ».
« Cette imprégnation du scoutisme par l’esprit
chevaleresque a été générale dans tous les mouvements
scouts d’inspiration chrétienne (avec plus de force, indubitablement,
dans les associations catholiques). Au contraire, les mouvements neutres (Éclaireurs
de France) s’en sont lentement éloignés pour ne devenir
peu à peu que des associations naturistes, ou presque. Autre preuve,
s’il en était besoin, que ce qui a fait l’ancienne chevalerie,
et pourrait faire une chevalerie moderne, c’est d’abord et essentiellement
une foi ».
« Que si, maintenant, on veut expliquer pourquoi le scoutisme chrétien
a connu cette tentation chevaleresque, peut-être alors pourrait-on remarquer
que l’inspirateur de ce scoutisme, à ces débuts, a été,
nous l’avons dit, un père jésuite ; et que la Compagnie
de Jésus, créée par un chevalier, l’a été
par celui-ci sur le modèle des anciennes milices chevaleresques. Le fil
que nous disions rompu, lie peut-être encore, invisible à nos yeux
d’hommes, les adolescents d’aujourd’hui en culottes courtes,
et par les mains de Saint Ignace de Loyola, aux rudes hommes des guerres médiévales
en vêture de fer et de maille ».
« La chevalerie est morte. Pourtant chaque fois qu’un ancien scout
- il en est maintenant dont les cheveux sont blancs et dont les mains tremblent
– se retrouve à une messe de groupe où les scouts en activité
invitent parents et anciens de la troupe, et qu’à la fin de l’office,
les jeunes voix, auxquelles il n’ose pas toujours mêler la sienne,
entonnent la prière scoute - tout justement attribuée à
Saint Ignace - quelque chose frémit en lui et au dessus de lui : un profond
désir de faire mieux qui devait être celui-là même
des jeunes chevaliers à l’heure qui suivait leur adoubement. Une
prière qui répond comme un écho sans fin à celle
que nous avons apportée au commencement de cette étude d’après
un cérémonial de 1293 : Seigneur Jésus, apprenez-moi à
être généreux ; à vous servir comme vous le méritez….
»
Ordre de Chevalerie, ou chevaleresque ?
Comme Ph du Puy de Clinchamps, nous croyions que la chevalerie est bien morte et que les ordres de chevalerie d’aujourd’hui ne signifient plus rien. En revanche, comme lui nous pensons que le scoutisme est intrinsèquement chevaleresque. Est-ce suffisant pour créer un ordre de chevalerie ? Non. Est-ce suffisant pour créer un ordre chevaleresque ? Peut-être. La nuance entre les deux n’est pas vaine. Le premier concept incarne une réalité disparue de la chevalerie. Le second incarne des valeurs et un mouvement inspiré par la chevalerie.
Philippe d’Arrabloy