Fraternité du scoutisme

Projet d'un
Ordre Scout


Le projet du père Sevin
Quelques écrits du père Sevin
Le but recherché par le père Sevin
Les contestations contre le projet du père Sevin

Participez à notre réflexion…

Mais la Chevalerie est morte...!

la bannière dessinée par le P. Sevin

bannière de l'Ordre Scout du Père Sevin

 

Le projet du père Sevin

  Voici une présentation du projet non abouti du père Sevin (qui est en procès de béatification à Rome) de fonder un ordre scout. L'idée était de permettre à tous les anciens scouts de continuer à vivre avec la spiritualité du scoutisme dans un idéal chevaleresque (cf. nos développements sur l’impossibilité de faire revivre la chevalerie). La présentation de ce projet vise d'abord à remettre notre projet dans son cadre interne.
  Le Père Sevin avait les idées larges, et après avoir christianisé en profondeur le scoutisme, il voulait étendre le champ d'action du scoutisme, selon l'idéal même de Baden Powell, à tous les jeunes moins favorisés par la vie.
  Dans ce but il voulait fonder un ordre scout, dont il a écrit tous les principes, la règle et la spiritualité. Mais suite à une série d'opposition qu'il a rencontré alors qu'il était, avec le Chanoine Cornette, à la tête du mouvement, il n'a pu réaliser vraiment ce rêve. Cependant la branche féminine a tenu bon, et partie de rien, elle est aujourd'hui toujours existante: la Congrégation de la Sainte croix de Jérusalem.
  Actualisé, le projet du père Sevin consisterait à créer un ordre qui regrouperait les énergies généreuses des différents mouvements scouts, avec une branche de laïcs (tiers-ordre) et une branche consacrée.

Voici le fonctionnement qu’avait imaginé le père Sevin :

CHEVALIERS D'ALLIANCE
qui vivent dans le monde, avec une famille à charge et un emploi

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CHEVALIERS FRANCS
Qui sont hors du "monde", ce sont des religieux consacrés et apostoliques

ò        ò

CHAPELAINS DE L'ORDRE
les prêtres qui auront intégrés cet ordre, ou s'y seront associés, car le Père ne désirait pas forcément que les prêtres quittent d'autres responsabilités pour celle de l'Ordre. Elle est en sus ; un curé peut donc très bien être chapelain, tout en s'occupant de sa paroisse.

 

La branche laïque : les scouts d’alliance

  Elle constitue un tiers-ordre qui réunirait des hommes et des femmes, tous anciens scouts, pour vivre une même foi de manière plus intense. Cette branche serait aussi capable de répondre à des besoins par des actions importantes, de solidarité, d'évangélisation, humanitaire, d'éducation... etc.
  Les scouts d'alliances seraient des laïcs continuant à vivre leur devoir d'état là où ils sont. Le Père prévoit qu'ils soient atteints là où ils sont, par contact épistolaire, des réunions périodiques, une direction spirituelle..., pour qu'ils soient le moins possible gênés dans leur travail. Il s'agit de vivre l'esprit des vœux de religion, sans les prononcer. Comme dans tous tiers-ordre, il y aurait un noviciat d'un an, accompli sur place, et des camps retraites de quelques jours, obligatoires.
  Concrètement, ils s'engagent à la communion fréquente, à l'Oraison quotidienne, à l'examen de conscience et à la réconciliation… bref, à une vie personnelle tout à fait comparable aux tiers-ordres déjà existants.
  Tout cela est surtout fait dans le but d'acquérir un esprit de prière, plus que de les accumuler (mais l'un ne vient pas sans l'autre). Chaque fois pour les novices, il y aura une exhortation spirituelle, suivie d'une veillée d'adoration. - L'ascèse réclamée peut paraître difficile, elle est à élucider, et peut-être à réactualiser.
  Et le plus difficile: accomplir tout cela tout en évitant de se singulariser.Il leur faut devenir des hommes et des femmes ouvert d'esprits et plein de joie. Puis, un engagement sera pris, sur la base d'une promesse, ou de vœux annuels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, qui ne sont évidemment pas à comprendre au même sens que pour les moines.
  - Vivre dans un esprit de pauvreté: il suffit d'ouvrir St paul en 1 Co 7,29.
  - Vivre la chasteté ne signifie pas l'abstinence, mais un total respect de la sexualité de l'autre et de la sienne propre.
  - Vivre l'obéissance n'est pas ici clairement défini, mais il est facile de comprendre.
L’homme ou la femme, ancien scout, qui décide de participer à cet Ordre n'atteint rien de supérieur. Il n'arrive pas au sommet de sa progression. Au contraire, il lui est demandé de redescendre, de ne pas contempler le monde sous lui mais de se tourner vers les autres qui suivent derrière lui, de leur tendre la main et de les tirer vers Dieu.

L’action des laïcs pourrait être essentiellement :
Ø Présence dans des fondations de l'Ordre: hôpitaux de campagne, écoles ou maisons de formation, fermes scoutes, ateliers de travail et de réinsertion pour des personnes en difficultés
Ø Organisation de pèlerinages, en lien avec les paroisses, prise en charge logistique
Ø Prise en charge technique de manifestations d'Eglise
Ø Sécurité, infirmerie... pour des manifestations religieuses.
Ø Visites aux malades, implication dans des aumôneries, dans les conseils parroissiaux aussi.
Ø Catéchisme
Ø Autres oeuvres d'apostolat...


La branche consacrée : les scouts francs

  Il rassemblerait des religieux et des prêtres... selon l'idée même du Père Sevin, qui avait voulu créer un ordre religieux scout.
  Les scouts Francs constituent donc l'ordre à proprement parler. Le scoutisme leur sera devenu une vocation. Il feraient leur noviciat en parallèle avec l'achèvement de leurs études, s'ils le veulent. Ils seraient suivis spirituellement, feront des visites à leur supérieur, des réunions d'éducation, et un pélerinage en marchant 2 par 2 avec des programmes d'exercices spirituels. Ils vivraient la pauvreté en donnant tous leurs biens à l'Ordre, qui redistribuera, et vivraient aussi le célibat et l'obéissance. Il leur est demandée une demi heure d'Oraison par jour, la messe quotidienne...
  Si cela est jugé bon, la consécration pourra se faire. Le Père Sevin prévoyait l'utilisation du rite de la Benedictio Novi Militis auquel il ajoutais une formule d'oblation proprement dite. Dans ce rite, le Père prévoyait que l'on puisse utiliser l'épée pour la liturgie, qui possède une forte valeur symbolique, de défense et non pas d'attaque, tout en symbolisant la croix.

L’action des religieux pourrait être essentiellement :
Ø Fondations d'écoles dans les campagnes, de fermes scoutes pour enfants en difficulté
Ø Présence dans les prisons, accompagnements spirituels (pour les religieux)
Ø Accompagnements spirituels des chefs et mouvements scouts (pour les religieux)
Ø Fondations de centres de soins, d'accueil
Ø Missions
Ø Intervention dans des milieux catholique pour parler des vocations
Ø Animation de groupes de réflexion en politique, dans les milieux journalistiques
Ø Vie religieuse en communauté
Ø Ce qui demande une formation intellectuelle sérieuse !

  Le père Sevin proposait que l’ordre prenne un habit de couleur brune pour les religieux, en référence à la couleur de la Terre, pour nous souvenir que nous sommes des pèlerins.
  Il désirait créer par la suite des commanderies, quand il y aurait suffisamment de prêtres dans cet ordre, avec un prieur à la tête de chacun, dispersés en France ou dans le monde.

  Selon le Père Sevin, un prêtre pourrait devenir chapelain de l'Ordre, ce qui correspond à un engagement supplémentaire de service, sans interférer avec les activités courantes du prêtre.

  Un renouvellement de la Promesse doit avoir lieu pour le scout franc, où il rappelle sa promesse, assure qu'il se conduira toujours et en tout lieu, et quelque soit sa compagnie, conformément aux commandements de Dieu, à la loi scoute et aux principes du plus noble article (le 1er) au plus difficile (le 10e). Sa promesse le soumet à Dieu dans sa vie active comme dans sa vie scoute, et le scout ne peut plus se permettre de n'être scout que lorsqu'il revêt l'uniforme. Il est béni par le père (dont la présence est donc requise) au nom de son Saint Patron, de celui de sa troupe.
  Nous voyons sur ce point que son projet ressemble à l'Ordre de Malte (cette ressemblance était explicite chez le Père Sevin, et au village d’enfant de Riaumont qu’un disciple du père Sevin, le père Revet, créera plus tard). Néanmoins le Père pensait à quelque chose de bien plus vaste, de l'envergure de l'Ordre de Malte justement. Il pensait même à des missions à l'étranger, dans les colonies.


Quelques écrits du père Sevin

Pour illustrer notre propos, voici quelques écrits du père Sevin concernant son projet de fondation d’un ordre scout (d'après Jacques Sevin, une identité, du Père Manaranche, dans la collection Témoins de la Lumière, édition Le Sarment, FAYARD).

« Une compagnie volante dont les membres puissent être envoyés comme des officiers et comme des religieux à tel poste qui leur sera donné »
« Ces hommes et ces femmes consacrés devront refuser la mondanité » (terme à définir, qui ne désigne pas son sens usuel, mais qui fortuitement s'y trouve inclu )
« Cet Ordre comprendra ainsi des chefs à la fois scouts et religieux, résolus à maintenir tout l'idéal scout à la hauteur à laquelle il doit atteindre »
« Je tiens à ce que ces religieux aient été chefs dans l'âme et dans la formation (idem pour les religieuses), ou bien soient aptes à le devenir ». Ainsi ces religieux devront-ils être assez humbles et raisonnables pour se former au même titre que les autres chefs, si cela n'a pas été déjà fait, et le père Sevin précise que la formation seule ne peut garantir l'état de chef qui le prédispose à cet ordre. Le Père Sevin voulait des chefs âgés de plus de 19 ans, et cette aptitude à devenir chefs était éliminatoire.
« Aucun orgueil à en tirer. S'engager à pratiquer son devoir d'Etat et son devoir de Chef »
« Les relations avec le mouvement (ndlr : il n'y en avait que les Scouts de France à l'époque) seront non officiels. Celui qui appartient à l'Ordre ne doit créer aucune perturbation dans le fonctionnement du mouvement, ni être source de régime d'exception. Religieux ou non, il est Chef et doit se comporter comme tel ».


Le but recherché par le père Sevin

  But 1er de l'ordre : aider les membres à tendre à la perfection par la pratique des vertus et des conseils évangéliques (que tout ordre religieux pratique: obéissance, chasteté, pauvreté). Le ministère propre de l'ordre sera l'éducation des enfants (et spécialement des non catholiques dans son idée, ce qui n'est pas difficile à trouver aujourd'hui).
  Les moyens sont ceux de fondations scoutes : écoles, fermes présence dans les pénitenciers, enfants abandonnés, ateliers, hôpitaux, sanatorium, branches d'extension (handicapés...), autres oeuvres à apostolat éducatif.

Voici quelques caractères qui permettront de comprendre ce que voulait le Père Sevin

  • "Une compagnie volante dont les membres puissent être envoyés comme des officiers et comme des religieux à tel poste qui leur sera donné"
  • Ces hommes et ces femmes consacrés devront refuser la mondanité (terme à définir, qui ne désigne pas son sens usuel, mais qui fortuitement s'y trouve inclu )
  • Cet Ordre comprendra ainsi des " chefs à la fois scouts et religieux, résolus à maintenir tout l'idéal scout à la hauteur à laquelle il doit atteindre"
  • " Je tiens à ce que ces religieux aient été chefs " , dans l'âme ET dans la formation (idem pour les religieuses), ou bien soient aptes à le devenir. Ainsi ces religieux devront-ils être assez humbles et raisonnables pour se former au même titre que les autres chefs, si cela n'a pas été déjà fait, et le Père précise bien que la formation seule ne peut garantir l'état de chef qui le prédispose à cet ordre. Le Père Sevin voulait des chefs agés de plus de 19 ans, et cette aptitude à devenir chefs était éliminatoire.
  • BUT 1er de l'ordre: aider les membres à tendre à la perfection par la pratique des vertus et des conseils évangéliques (que tout ordre religieu pratique: obéissance, chasteté, pauvreté). le ministère propre de l'ordre sera l'éducation des enfants (et spécialement des non catholique dans son idée, ce qui n'est pas difficile à trouver aujourd'hui).
  • Les moyens sont ceux de fondation scoutes: écoles, fermes présence dans les pénitenciers, enfants abandonnés, ateliers, hopitaux, sanatorium, branches d'extension (handicapés...), autres oeuvres à apostolat éducatif. Nous voyons sur ce point que cela ressemble à l'Ordre de Malte (cette ressemblance était explicite chez le Père Sevin, et au monastère de Riaumont qui se créa plus tard selon les idées du Père Sevin. Néanmoins le Père pensait à quelque chose de bien plus vaste, de l'envergure de l'Ordre de Malte justement. Il pensait même à des missions à l'étranger, dans les colonies.
  • S'aligner en tout sur ce que ferai, dirai ou penserai NS Jésus.
  • Aucun orgueil à en tirer. S'engager à pratiquer son devoir d'Etat et son devoir de Chef.
  • Il proposait un habit de couleur brune pour les religieux, en référence à la couleur de la Terre, pour nous souvenir que nous sommes des pélerins.
  • Il désirait créer par la suite des commanderies, quand il y aurait suffisamment de prêtres dans cet ordre, avec un prieur à la tête de chacun, dispersés en France ou dans le monde.
  • Les relations avec le mouvement (il n'y en avait qu'un à l'époque, en gros), seront non officiels. Celui qui appartient à l'Ordre ne doit créer aucune perturbation dans le fonctionnement du mouvement, ni être source de régime d'exception. Religieux ou non, il est Chef et doit se comporter comme tel.

 


Les contestations contre le projet du père Sevin

  Le projet du père Sevin était fortement emprunt de l’idée d’une chevalerie scoute (n’oublions pas qu’il était membre de la Compagnie de Jésus fondée par Saint Ignace, un ancien chevalier).
  D’ailleurs, il ne parlait pas de scouts d’alliance et de scouts francs mais de chevaliers d’alliance et de chevaliers francs. Il avait reçu de nombreuses critiques, simplement parce qu'on comprenait mal ce que cette idée de chevalerie scoute recouvrait et qu'on ne voulait pas voir resurgir des "Don Quichotte" en armure cherchant quelques moulins à déchirer. Le Père non plus. Nous vous invitons à lire notre dossier sur l’impossibilité de créer une nouvelle chevalerie.
  Il écrivit un poème (le père Sevin écrivait beaucoup de poésie) pour mieux définir ce qu'il entendait et ce qu'il ne voulait pas.
Nous citerons un passage où il ironise sur ceux qui parlent à tort et travers contre la chevalerie :

"Laissez donc ces enfants tranquilles!
Et sur les preux du temps passé,
Dites - ce sera plus utile -
un Resquiescant in pace
(...)
La Chevalerie est bien morte
Les chevaliers n'ont plus de feu
Laissons leur armure à la porte,
et vivons pour l'amour de Dieu"

et plus loin, s'adressant aux jeunes
(qu'il imagine chevaliers dans cet ordre):

"Ayez l'amour de la faiblesse
le culte du devoir certain
Et vous aurez cette noblesse
Qui se passe de parchemin.

Alors tenant votre âme haute
Comme les preux leurs destriers.
Ne sachant pas vivre à mi-côte.
Oui, vous serez des Chevaliers!

On pourra, vous voyant parraître
évoquer Roland ou Vivien,
Vous serez splendides peut-être,
Mais du moins vous n'en saurez rien.

Et c'est bien l'idéal, je pense,
Que Jésus aimerait à voir,
Qu'on définisse un scout de France:
Un Chevalier sans le savoir."

Il commençait ce même poème ainsi:

"Malgré tout le mal qu'on en pense
Grâce à leurs airs particuliers,
Chacun sait à présent en France
Que les scouts sont des Chevaliers"

Et commençait sa seconde partie par:
"Ah! Que la France sera belle
Pourquoi nous le dissimuler?
Quand la Chevalerie nouvelle
célebrera son jubilé"

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