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Le
projet du père Sevin
Voici une présentation du projet non abouti du père
Sevin (qui est en procès de béatification à Rome)
de fonder un ordre scout. L'idée était de permettre à
tous les anciens scouts de continuer à vivre avec la spiritualité
du scoutisme dans un idéal chevaleresque (cf. nos
développements sur l’impossibilité de faire revivre
la chevalerie). La présentation de ce projet vise d'abord à
remettre notre projet dans son cadre interne.
Le Père Sevin avait les idées larges, et après
avoir christianisé en profondeur le scoutisme, il voulait étendre
le champ d'action du scoutisme, selon l'idéal même de Baden
Powell, à tous les jeunes moins favorisés par la vie.
Dans ce but il voulait fonder un ordre scout, dont il a écrit
tous les principes, la règle et la spiritualité. Mais suite
à une série d'opposition qu'il a rencontré alors
qu'il était, avec le Chanoine Cornette, à la tête
du mouvement, il n'a pu réaliser vraiment ce rêve. Cependant
la branche féminine a tenu bon, et partie de rien, elle est aujourd'hui
toujours existante: la Congrégation de la Sainte croix de Jérusalem.
Actualisé, le projet du père Sevin consisterait
à créer un ordre qui regrouperait les énergies généreuses
des différents mouvements scouts, avec une branche de laïcs
(tiers-ordre) et une branche consacrée.
Voici le fonctionnement qu’avait imaginé
le père Sevin :
| CHEVALIERS
D'ALLIANCE
qui vivent dans le monde, avec une famille à charge et
un emploi |
ò ò ò ò ò ò
| CHEVALIERS FRANCS
Qui sont hors du "monde", ce sont des religieux consacrés
et apostoliques |
ò ò
| CHAPELAINS
DE L'ORDRE
les prêtres qui auront intégrés cet ordre,
ou s'y seront associés, car le Père ne désirait
pas forcément que les prêtres quittent d'autres responsabilités
pour celle de l'Ordre. Elle est en sus ; un curé peut donc
très bien être chapelain, tout en s'occupant de sa
paroisse. |
La branche laïque
: les scouts d’alliance
Elle constitue un tiers-ordre qui réunirait
des hommes et des femmes, tous anciens scouts, pour vivre une même
foi de manière plus intense. Cette branche serait aussi capable
de répondre à des besoins par des actions importantes, de
solidarité, d'évangélisation, humanitaire, d'éducation...
etc.
Les scouts d'alliances seraient des laïcs continuant
à vivre leur devoir d'état là où ils sont.
Le Père prévoit qu'ils soient atteints là où
ils sont, par contact épistolaire, des réunions périodiques,
une direction spirituelle..., pour qu'ils soient le moins possible gênés
dans leur travail. Il s'agit de vivre l'esprit des vœux de religion,
sans les prononcer. Comme dans tous tiers-ordre, il y aurait un noviciat
d'un an, accompli sur place, et des camps retraites de quelques jours,
obligatoires.
Concrètement, ils s'engagent à la communion
fréquente, à l'Oraison quotidienne, à l'examen de
conscience et à la réconciliation… bref, à
une vie personnelle tout à fait comparable aux tiers-ordres déjà
existants.
Tout cela est surtout fait dans le but d'acquérir un
esprit de prière, plus que de les accumuler (mais l'un ne vient
pas sans l'autre). Chaque fois pour les novices, il y aura une exhortation
spirituelle, suivie d'une veillée d'adoration. - L'ascèse
réclamée peut paraître difficile, elle est à
élucider, et peut-être à réactualiser.
Et le plus difficile: accomplir tout cela tout en évitant
de se singulariser.Il leur faut devenir des hommes et des femmes ouvert
d'esprits et plein de joie. Puis, un engagement sera pris, sur la base
d'une promesse, ou de vœux annuels de pauvreté, de chasteté
et d'obéissance, qui ne sont évidemment pas à comprendre
au même sens que pour les moines.
- Vivre dans un esprit de pauvreté: il suffit
d'ouvrir St paul en 1 Co 7,29.
- Vivre la chasteté ne signifie pas l'abstinence,
mais un total respect de la sexualité de l'autre et de la sienne
propre.
- Vivre l'obéissance n'est pas ici clairement
défini, mais il est facile de comprendre.
L’homme ou la femme, ancien scout, qui décide de participer
à cet Ordre n'atteint rien de supérieur. Il n'arrive pas
au sommet de sa progression. Au contraire, il lui est demandé de
redescendre, de ne pas contempler le monde sous lui mais de se tourner
vers les autres qui suivent derrière lui, de leur tendre la main
et de les tirer vers Dieu.
L’action des laïcs pourrait être essentiellement
:
Ø Présence dans des fondations
de l'Ordre: hôpitaux de campagne, écoles ou maisons de formation,
fermes scoutes, ateliers de travail et de réinsertion pour des
personnes en difficultés
Ø Organisation de pèlerinages,
en lien avec les paroisses, prise en charge logistique
Ø Prise en charge technique de manifestations
d'Eglise
Ø Sécurité, infirmerie...
pour des manifestations religieuses.
Ø Visites aux malades, implication
dans des aumôneries, dans les conseils parroissiaux aussi.
Ø Catéchisme
Ø Autres oeuvres d'apostolat...
La branche consacrée : les
scouts francs
Il rassemblerait des religieux et des prêtres...
selon l'idée même du Père Sevin, qui avait voulu créer
un ordre religieux scout.
Les scouts Francs constituent donc l'ordre à proprement
parler. Le scoutisme leur sera devenu une vocation. Il feraient leur noviciat
en parallèle avec l'achèvement de leurs études, s'ils
le veulent. Ils seraient suivis spirituellement, feront des visites à
leur supérieur, des réunions d'éducation, et un pélerinage
en marchant 2 par 2 avec des programmes d'exercices spirituels. Ils vivraient
la pauvreté en donnant tous leurs biens à l'Ordre, qui redistribuera,
et vivraient aussi le célibat et l'obéissance. Il leur est
demandée une demi heure d'Oraison par jour, la messe quotidienne...
Si cela est jugé bon, la consécration pourra
se faire. Le Père Sevin prévoyait l'utilisation du rite
de la Benedictio Novi Militis auquel il ajoutais une formule d'oblation
proprement dite. Dans ce rite, le Père prévoyait que l'on
puisse utiliser l'épée pour la liturgie, qui possède
une forte valeur symbolique, de défense et non pas d'attaque, tout
en symbolisant la croix.
L’action des religieux pourrait être essentiellement
:
Ø Fondations d'écoles dans
les campagnes, de fermes scoutes pour enfants en difficulté
Ø Présence dans les prisons,
accompagnements spirituels (pour les religieux)
Ø Accompagnements spirituels des
chefs et mouvements scouts (pour les religieux)
Ø Fondations de centres de soins,
d'accueil
Ø Missions
Ø Intervention dans des milieux catholique
pour parler des vocations
Ø Animation de groupes de réflexion
en politique, dans les milieux journalistiques
Ø Vie religieuse en communauté
Ø Ce qui demande une formation
intellectuelle sérieuse !
Le père Sevin proposait que l’ordre
prenne un habit de couleur brune pour les religieux, en référence
à la couleur de la Terre, pour nous souvenir que nous sommes des
pèlerins.
Il désirait créer par la suite des commanderies,
quand il y aurait suffisamment de prêtres dans cet ordre, avec un
prieur à la tête de chacun, dispersés en France ou
dans le monde.
Selon le Père Sevin, un prêtre
pourrait devenir chapelain de l'Ordre, ce qui correspond à un engagement
supplémentaire de service, sans interférer avec les activités
courantes du prêtre.
Un renouvellement de la Promesse doit avoir lieu
pour le scout franc, où il rappelle sa promesse, assure qu'il se
conduira toujours et en tout lieu, et quelque soit sa compagnie, conformément
aux commandements de Dieu, à la loi scoute et aux principes du
plus noble article (le 1er) au plus difficile (le 10e). Sa promesse le
soumet à Dieu dans sa vie active comme dans sa vie scoute, et le
scout ne peut plus se permettre de n'être scout que lorsqu'il revêt
l'uniforme. Il est béni par le père (dont la présence
est donc requise) au nom de son Saint Patron, de celui de sa troupe.
Nous voyons sur ce point que son projet ressemble à
l'Ordre de Malte (cette ressemblance était explicite chez le Père
Sevin, et au village d’enfant de Riaumont qu’un disciple du
père Sevin, le père Revet, créera plus tard). Néanmoins
le Père pensait à quelque chose de bien plus vaste, de l'envergure
de l'Ordre de Malte justement. Il pensait même à des missions
à l'étranger, dans les colonies.
Quelques écrits
du père Sevin
Pour illustrer notre propos, voici quelques écrits
du père Sevin concernant son projet de fondation d’un ordre
scout (d'après Jacques Sevin, une identité,
du Père Manaranche, dans la collection Témoins de la Lumière,
édition Le Sarment, FAYARD).
« Une compagnie volante dont
les membres puissent être envoyés comme des officiers et
comme des religieux à tel poste qui leur sera donné
»
« Ces hommes et ces femmes consacrés
devront refuser la mondanité » (terme à définir,
qui ne désigne pas son sens usuel, mais qui fortuitement s'y trouve
inclu )
« Cet Ordre comprendra ainsi des chefs à
la fois scouts et religieux, résolus à maintenir tout l'idéal
scout à la hauteur à laquelle il doit atteindre »
« Je tiens à ce que ces religieux aient
été chefs dans l'âme et dans la formation (idem pour
les religieuses), ou bien soient aptes à le devenir ».
Ainsi ces religieux devront-ils être assez humbles et raisonnables
pour se former au même titre que les autres chefs, si cela n'a pas
été déjà fait, et le père Sevin précise
que la formation seule ne peut garantir l'état de chef qui le prédispose
à cet ordre. Le Père Sevin voulait des chefs âgés
de plus de 19 ans, et cette aptitude à devenir chefs était
éliminatoire.
« Aucun orgueil à en tirer. S'engager
à pratiquer son devoir d'Etat et son devoir de Chef »
« Les relations avec le mouvement (ndlr
: il n'y en avait que les Scouts de France à l'époque)
seront non officiels. Celui qui appartient à
l'Ordre ne doit créer aucune perturbation dans le fonctionnement
du mouvement, ni être source de régime d'exception. Religieux
ou non, il est Chef et doit se comporter comme tel ».
Le but recherché
par le père Sevin
But 1er de l'ordre : aider les membres à
tendre à la perfection par la pratique des vertus et des conseils
évangéliques (que tout ordre religieux pratique: obéissance,
chasteté, pauvreté). Le ministère propre de l'ordre
sera l'éducation des enfants (et spécialement des non catholiques
dans son idée, ce qui n'est pas difficile à trouver aujourd'hui).
Les moyens sont ceux de fondations scoutes : écoles,
fermes présence dans les pénitenciers, enfants abandonnés,
ateliers, hôpitaux, sanatorium, branches d'extension (handicapés...),
autres oeuvres à apostolat éducatif.
Voici quelques caractères
qui permettront de comprendre ce que voulait le Père Sevin
-
"Une compagnie volante dont les membres puissent
être envoyés comme des officiers et comme des religieux
à tel poste qui leur sera donné"
-
Ces hommes et ces femmes consacrés devront
refuser la mondanité (terme à définir, qui
ne désigne pas son sens usuel, mais qui fortuitement s'y trouve
inclu )
-
Cet Ordre comprendra ainsi des " chefs à
la fois scouts et religieux, résolus à maintenir tout
l'idéal scout à la hauteur à laquelle il doit
atteindre"
-
" Je tiens à ce que ces religieux
aient été chefs " , dans l'âme ET dans la
formation (idem pour les religieuses), ou bien soient aptes à
le devenir. Ainsi ces religieux devront-ils être assez humbles
et raisonnables pour se former au même titre que les autres
chefs, si cela n'a pas été déjà fait,
et le Père précise bien que la formation seule ne peut
garantir l'état de chef qui le prédispose à cet
ordre. Le Père Sevin voulait des chefs agés de plus
de 19 ans, et cette aptitude à devenir chefs était éliminatoire.
-
BUT
1er de l'ordre: aider les membres à tendre
à la perfection par la pratique des vertus et des conseils
évangéliques (que tout ordre religieu pratique: obéissance,
chasteté, pauvreté). le ministère propre de l'ordre
sera l'éducation des enfants (et spécialement des non
catholique dans son idée, ce qui n'est pas difficile à
trouver aujourd'hui).
-
Les moyens
sont ceux de fondation scoutes: écoles, fermes présence
dans les pénitenciers, enfants abandonnés, ateliers,
hopitaux, sanatorium, branches d'extension (handicapés...),
autres oeuvres à apostolat éducatif. Nous voyons sur
ce point que cela ressemble à l'Ordre de Malte (cette ressemblance
était explicite chez le Père Sevin, et au monastère
de Riaumont qui se créa plus tard selon les idées du
Père Sevin. Néanmoins le Père pensait à
quelque chose de bien plus vaste, de l'envergure de l'Ordre de Malte
justement. Il pensait même à des missions à l'étranger,
dans les colonies.
-
S'aligner en tout sur ce que ferai, dirai ou penserai
NS Jésus.
-
Aucun orgueil à en tirer. S'engager à
pratiquer son devoir d'Etat et son devoir de Chef.
-
Il proposait un habit de couleur brune pour les
religieux, en référence à la couleur de la Terre,
pour nous souvenir que nous sommes des pélerins.
-
Il désirait créer par la suite des
commanderies, quand il y aurait suffisamment de prêtres dans
cet ordre, avec un prieur à la tête de chacun, dispersés
en France ou dans le monde.
-
Les relations avec le mouvement
(il n'y en avait qu'un à l'époque, en gros), seront
non officiels. Celui qui appartient à l'Ordre ne doit créer
aucune perturbation dans le fonctionnement du mouvement, ni être
source de régime d'exception. Religieux ou non, il est Chef
et doit se comporter comme tel.
Les
contestations contre le projet du père Sevin
Le projet du père Sevin était
fortement emprunt de l’idée d’une chevalerie scoute
(n’oublions pas qu’il était membre de la Compagnie
de Jésus fondée par Saint Ignace, un ancien chevalier).
D’ailleurs, il ne parlait pas de scouts d’alliance
et de scouts francs mais de chevaliers d’alliance
et de chevaliers francs. Il avait reçu de nombreuses critiques,
simplement parce qu'on comprenait mal ce que cette idée de chevalerie
scoute recouvrait et qu'on ne voulait pas voir resurgir des "Don
Quichotte" en armure cherchant quelques moulins à déchirer.
Le Père non plus. Nous vous invitons à lire notre
dossier sur l’impossibilité de créer une nouvelle
chevalerie.
Il écrivit un poème (le père Sevin écrivait
beaucoup de poésie) pour mieux définir ce qu'il entendait
et ce qu'il ne voulait pas.
Nous citerons un passage où il ironise sur ceux qui parlent à
tort et travers contre la chevalerie :
"Laissez donc ces enfants tranquilles!
Et sur les preux du temps passé,
Dites - ce sera plus utile -
un Resquiescant in pace
(...)
La Chevalerie est bien morte
Les chevaliers n'ont plus de feu
Laissons leur armure à la porte,
et vivons pour l'amour de Dieu"
et plus loin, s'adressant aux jeunes
(qu'il imagine chevaliers dans cet ordre):
"Ayez l'amour de la faiblesse
le culte du devoir certain
Et vous aurez cette noblesse
Qui se passe de parchemin.
Alors tenant votre âme haute
Comme les preux leurs destriers.
Ne sachant pas vivre à mi-côte.
Oui, vous serez des Chevaliers!
On pourra, vous voyant parraître
évoquer Roland ou Vivien,
Vous serez splendides peut-être,
Mais du moins vous n'en saurez rien.
Et c'est bien l'idéal, je
pense,
Que Jésus aimerait à voir,
Qu'on définisse un scout de France:
Un Chevalier sans le savoir."
Il commençait ce même poème ainsi:
"Malgré tout le mal
qu'on en pense
Grâce à leurs airs particuliers,
Chacun sait à présent en France
Que les scouts sont des Chevaliers"
Et commençait sa seconde partie par:
"Ah! Que la France sera belle
Pourquoi nous le dissimuler?
Quand la Chevalerie nouvelle
célebrera son jubilé"
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